Les Yeux Plus Grands Que l'Antre

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Un petit et des grands

vendredi 15 mars 2013, par Bernadette

Dimanche 7 août (suite)

En arrivant on aperçoit un humain miniature qui court en zigzag dans l'espace autour du portail. Jean-Rémy est au volant, heureusement il ne roule pas vite puisqu'on arrive mais il ne sait pas de quel côté se déporter pour l'éviter, le drôle de bonhomme continue à courir dans tous les sens comme s'il ne voyait pas notre voiture arriver vers lui et nous on comprend bien en le regardant faire que si on va à gauche il n'ira pas forcément à droite. Impossible donc d'amorcer la moindre tentative pour garer la voiture à sa place habituelle, sur le bas-côté juste avant le passage.

Alors on s'arrête. Tant pis, il vaut mieux laisser la voiture en plein milieu de l'allée que d'essayer de lutter contre les éléments. On descend. Il est vraiment tout petit, l'élément, je le regarde et je dis c'est le petit Basile ! La veille, des invités très nombreux sont arrivés dans la maison du propriétaire, et sur les papiers qu'on a signés pour la location, c'était bien spécifié que le gîte avait un espace privatif, et comme hier il faisait beau, on avait entendu souvent des voix féminines dire Basile, reviens, laisse les gens tranquilles, parce que de séparation il n'y en avait pas vraiment, un peu de haie pour être à l'abri des regards, ce qui était bien suffisant, mais pas pour un enfant. C'est pour ça que je savais son prénom.

Le petit Basile, donc, est encore en train de courir. Cette fois il est dans nos jambes. C'est toujours mieux que dans nos roues. Jean-Rémy lui dit bonjour, il ne dit rien, alors Jean-Rémy répète et il répond quelque chose, sans qu'on puisse décider quoi, bien sûr il est tout petit, quoique tout de même assez grand pour être dans le parc près de la sortie avec personne pour le surveiller. On ne peut décemment pas le laisser là et vaquer à nos occupations comme si de rien n'était. La route, la vraie, n'est qu'au bout du chemin, mais ce n'est pas le seul danger, il y a des trous des cailloux tranchants des fossés des barbelés des moutons des vaches enfin tout ce qui peut venir à l'esprit s'agissant d'un petit être sans défense.

Nous scrutons le parc. Justement, quelqu'un s'approche. C'est certainement le frère du propriétaire, car il lui ressemble beaucoup. Jean-Rémy dit que non, il croit que c'est le propriétaire, qu'il est allé se faire couper les cheveux. Mais on est dimanche. Donc non.

Il va bientôt arriver à notre hauteur, vite, on se concentre. Il ne faut pas qu'on le regarde trop attentivement pour vérifier les cheveux, surtout, alors on prend un air dégagé, et tous les deux en même temps ou presque, on lui lance un bonjour sonore et sympathique, prêts à prendre le contrôle sur les quelques échanges de politesse qui vont s'ensuivre. Quel bambin-charmant-adorable, ah bon, depuis qu'il sait courir, il court, oui, c'est tout récent, non non, ça serait dommage de ne pas en profiter, tout cet espace, et le bon air, non, non, aucun problème, pas de souci.

Un peu plus tard, Jean-Rémy ira remettre la voiture à sa place. On n'allait quand même pas la laisser au milieu de l'allée.

Dimanche, c'est dimanche

jeudi 21 février 2013, par Bernadette

Dimanche 7 août 2011

On a encore moins de choses à faire qu'hier. Et en plus il pleut, il y a du vent et il fait froid.

Tant mieux. Car je sais qu'aujourd'hui, c'est vague dans ma tête mais je suis sûre d'avoir vu quelque part l'annonce d'un événement local qui n'avait lieu que le premier dimanche de chaque mois. Une fête, une brocante, un festival, un concert, peut-être même du jazz, quelque chose en tout cas que je me maudirai d'avoir raté si jamais j'en retrouve la trace dans quelques jours, et ça sera trop tard. Je ne veux pas y penser. Car j'ai déjà regardé rapidement, pour en avoir le cœur net, à chaque petit papier coloré qui dépasse — les signets adhésifs que j'avais placés dans les prospectus de l'Office de tourisme —, mais je n'ai résolument rien trouvé d'intéressant à cette date... Alors merci le mauvais temps. Je savoure ma chance. Je pourrai déclarer en toute tranquillité, le moment venu, tu te rappelles le temps qu'y faisait ? on risquait pas d'y aller !

Jean-Rémy a tout de même remarqué mon état de semi-agitation, et lorsque je lui avoue à quelles manœuvres mentales j'en suis réduite pour ne pas avoir à m'avouer l'échec manifeste de mes efforts de documentation, ça le fait rire et du coup moi aussi. De toute façon, lui, il est plutôt soulagé, car le dimanche est son jour honni, le jour où toute activité à l'extérieur est totalement exclue. La hantise des promenades du dimanche en famille quand il était petit, ou quand il était plus grand, surtout, est définitivement restée ancrée en lui, et je préfère le plus souvent ne pas m'y confronter. Sauf pendant les vacances. On est quelque part, c'est pour en profiter. Mais cette fois il ne craint rien grâce au mauvais temps. Nous nous consacrerons à l'oisiveté la conscience tranquille. Et curieusement, c'est lui qui a pitié de moi, il me dit si tu veux, il ne fait pas beau, mais on peut faire un petit circuit en voiture.

Ni une ni deux, je repère sur la carte les belvédères les sommets et tous les codes avec une légende. Je définis trois points d'intérêt, Jean-Rémy va les mettre sur le GPS pendant que je me prépare et nous voilà partis. À l'approche du premier point d'intérêt, le GPS nous indique une route et les panneaux disent le contraire. Dans ces cas-là, je donne mon opinion personnelle sur la direction à suivre. C'est à ce moment je crois que Jean-Rémy dit je ne sais pas si on va trouver de l'essence par là. On n'y avait pas pensé mais on n'a plus grand chose dans le réservoir, et le bidon de secours est vide, Jean-Rémy vient juste de le vider pour pouvoir remettre de l'essence fraîche dedans. C'est vrai que garder de la vieille essence dans un bidon de secours ce n'est pas du secours (elle perd son pouvoir combustible). Mais quand c'est vide non plus. Alors je dis on s'en fiche de la forêt, on va se diriger tout de suite vers Aurillac, il faut une ville pour être sûr de trouver quelque chose d'ouvert un dimanche.

Heureusement pour nous consoler on avait acheté des mille-feuilles à Olivia Ruiz alors dès qu'on a eu mis de l'essence dans la voiture et dans le jerrycan, on s'est trouvé une place pour se garer le long de la route principale entre la station-service et une maison à vendre. On a regardé la maison en mangeant les mille-feuilles, et quand les mille-feuilles ont été finis, on a dit qu'on ne voudrait pas l'acheter car elle est trop près de la route et en face d'une station d'essence.

Et puis on est rentrés.

Avant la nuit

jeudi 7 février 2013, par Bernadette

Samedi 6 août

Le soir, au moment où arrive l'envie d'écrire, le canapé n'a pas d'accoudoirs, alors je m'installe bien calée avec des coussins dans un fauteuil de jardin que j'ai rapporté du dehors. C'est ce que j'ai trouvé de plus confortable. Et pratique, à la fois. Car je peux le disposer exactement où je veux dans la pièce, là où aucune circulation d'air froid ne se fait sentir le soir venu, juste à la croisée des flux douillets émanant de chacun des deux radiateurs. Non contente de capter un maximum de chaleur, je calcule aussi le meilleur endroit en fonction de l'éclairage électrique de la pièce qui doit être ni trop direct, ni trop puissant, mais suffisant pour que je puisse discerner les touches de mon ordinateur portable.

La pièce autour de moi est harmonieuse, tout ce qui avait à être rangé l'est, de la meilleure façon possible, et tout ce qui n'est pas rangé entre dans le cadre des tolérances consenties au minimum de désordre vital. Je suis sûre de moi, j'ai bien évalué la situation avant de m'installer, je sais que je n'aurai pas à m'interrompre en découvrant tout à coup du regard quelque chose de plus urgent à faire que d'écrire. Ouf ! Je peux tranquillement m'adonner à l'inutile.

Je commence donc à consigner tous les faits et gestes de la journée écoulée. Aujourd'hui il n'y en a pas qui sortent du lot, tant pis, je prends ce que je trouve. Je saisis le précieux contenu directement au clavier, avec le respect quasi religieux que l'on confère aux insignifiances de la vie dès lors que l'on a décidé de tenir son journal... Ne pas penser. Écrire, c'est tout. Les petits riens prennent tournure, parviennent même à se rendre intéressants. Le miracle opère. Le temps sans doute s'est arrêté, car je ne le vois pas passer.

Pendant que j'écris Jean-Rémy lit. Il n'y a pas que le soir. Il lit beaucoup dans la journée, aussi. Depuis qu'on est ici, il en est à son six ou septième livre. Quand il remarque quelque chose de drôle ou d'intéressant, si je ne suis pas loin il me le raconte, et pour une fois, j'ai les doigts sur le clavier au moment de la citation. Celle-ci est de John Connolly dans Les anges de la nuit. « Curtis était toujours le gars qui avait une fourchette à la main quand il pleuvait de la soupe. » Je souris. Son livre est presque fini. Demain, il en commencera un autre.

Le petit chat est sorti. Nous allons au lit.

Des plumes, des poils

mercredi 9 janvier 2013, par Bernadette

Vendredi 5 août 2011


Une foule d'événements ce vendredi... Une balade en forêt, le pont cassé que tout de même l'on franchit, des bâtons de marche taillés de frais par mon homme dans le bois de houx, une méditation pour moi avec « pattes de chat » comme image mentale, melon et pounti au repas, écriture des cartes postales et achats divers en allant poster les cartes... Toutes ces minuscules occupations se succèdent en s'empilant les unes sur les autres, elles n'ont d'intérêt que dans la mesure où précisément nous savons, quelle que soit notre humeur, que chacune d'elles sera immédiatement remplacée par la suivante.

Pourtant, la poule retient notre attention. Oui, une poule gisant au milieu de la route qui nous mène à Saint-Clos-l'Étable, point de départ de notre randonnée en forêt. Une route bien droite et bien large, on dit tiens, en plein centre d'un bourg, c'est étonnant, ça vient d'arriver sans doute, et quand on revient le soir par la même route en traversant le même bourg la poule est toujours là, personne ne la ramasse, les gens ont arpenté les trottoirs le long de la poule, vaqué à leurs occupations, ils ont regardé, puis plus regardé, se sont rencontrés, se sont parlé, d'autre chose que de la poule il faut croire, ils ont piétiné, fourgonné, traversé la rue à cet endroit, ou pas loin, ils ont vécu dans leur village toute la journée avec la poule écrasée. Alors nous, on parle de la poule, dans la voiture, en rentrant le soir. Mais tout en parlant de la poule, on pense au petit chat, parce qu'on se rapproche, tout doucement, on sent bien qu'on va bientôt arriver dans le « chez nous du gîte ». Et ce qu'on attend impatiemment c'est à notre retour, de savoir si le petit chat sera là.

C'est rare qu'on ne fasse pas de rencontre animale dans nos gîtes successifs. C'est normal, les bêtes elles sont là quand on arrive, elles seront là quand on repartira, et au lieu de nous en vouloir parce qu'on les dérange, c'est drôle mais elles ont l'air contentes. Au début on ne les voit pas, c'est elles qui nous voient. Et puis elles sortent de leur cachette, ou elles se manifestent d'une façon ou d'une autre, en aboyant la nuit si c'est un chien, en faisant semblant de se sauver tout en s'approchant si c'est un chat, en inspectant nos vitres de long en large si ce sont des mouches ou autres insectes volants, en venant pousser un chant pour se faire identifier avec les jumelles s'il s'agit d'oiseaux, bref, chacun dans ce petit monde du vivant cherche à se rendre intéressant.

Alors, tout de suite en arrivant : Tu le vois ? dit l'un, Non, répond l'autre, mais laisse la porte ouverte, il va peut-être venir. Et jusqu'à ce qu'il soit venu, on fait comme si on n'y pensait pas mais on ne pense qu'à ça.

Et il vient.

Cela nous comble d'aise. Nous lui avons déjà acheté plusieurs sortes de boîtes de Ronron-câlin et de Mistigrette. Bien sûr il ne demandait rien, il est très bien nourri par ses maîtres, les propriétaires, mais c'est ainsi, le chat transforme en esclave tout être humain qui se laisse ensorceler par lui. Il faut le reconnaître, le primate évolué que nous sommes se fait manipuler par cette craquante créature féline et en redemande. La mignonne boule de poils est donc, à partir de ce moment, autorisée à n'en faire qu'à sa tête. Après avoir bien virevolté dans toute la pièce, elle se faufile sous la housse qui recouvre le canapé dont elle entreprend l'exploration complète, nous pouvons suivre sa progression en observant la bosse qui bouge sous le tissu. À la fois on se sent coupables car elle risque de provoquer des accrocs et le canapé n'est pas à nous, à la fois on la trouve irrésistible et on la laisse faire, pire, on gratte pour l'exciter tellement c'est drôle. Des enfants, on leur dirait d'arrêter immédiatement d'énerver ce chaton. Nous, on se dit qu'on a la situation bien en main, qu'on arrête quand on veut si ça devient catastrophique, et heureusement personne ne nous voit alors on continue. Un chat, c'est pas comme une poule.

L'heure de la fermeture

jeudi 6 décembre 2012, par Bernadette

Jeudi 4 août 2011

En attendant on est jeudi, les vacances ne sont pas encore finies et on ne s’encombre pas de la représentation que l’on en aura plus tard. Il s’agit de faire le plein des menus plaisirs.

Or ce jeudi c’est la grande braderie-brocante-foirfouille à Lunel. Nous savons d’avance ce que nous nous apprêtons à faire, en réalité, comme toujours. Jean-Rémy l’a noté sur la liste, et il m’en a glissé un mot : puisqu’on sera en ville, il aimerait bien trouver le numéro de cette semaine de Courrier international. Le petit détail est en place, nous pouvons partir en toute sérénité. Nous sommes prêts à nous mêler à la couleur locale quelle qu’elle soit, à affronter les musiques de rue bruyantes, les déballages les plus incongrus, la vaisselle qui pique les yeux, nous sommes partants, inconditionnellement consentants, le petit détail nous donne la foi, même tourner en rond pendant trente minutes au gré des déviations, des rues barrées et des sens uniques mis en place à cause de la foire ne réussira pas à nous faire crier d’indignation, et nous trouverons miraculeuse la place qui se libère juste devant nous à la trente et unième minute. Aucune idée d’où nous nous trouvons, peu importe. Nous sommes quelque part dans Lunel, et même s’il faut faire trois kilomètres à pied avant d’arriver à cette satanée foirfouille, nous les ferons.

La seule perspective d'avoir à trouver une revue du plus juste niveau de rareté nous réjouit. C'est comme une promesse de plaisir minimum garanti. C'est la certitude que nous allons passer un moment agréable dans l'un ou l'autre des temples ordinaires de la lecture que sont les maisons de la presse ou les librairies branchées — on en trouve en principe dans n'importe quelle ville de province — et nous nous délectons d'avance à l'idée de pouvoir étirer à loisir ces minutes qui ne nous paraîtront pas les heures que nous y aurons en réalité passées.

Avant de laisser notre voiture nous regardons bien tout autour de nous, le nom de la banque en face, celui de la petite place, la position du soleil, je demande si on a bien fermé la voiture, Jean-Rémy me répond que oui, et nous nous engageons dans la rue qui nous semble le plus probablement mener à un centre-ville. Chance inouïe, au bout de cette rue, le monde est petit, nous arrivons nez à nez avec la foire. Une minute plus tard, un producteur local est en train de me faire goûter ses figues au foie gras. À côté de nous il y a une dame qui connaît déjà elle dit : c'est une tuerie ! Elle a raison, on en achète. À peine trois pas plus loin en descendant la rue, il y a le plus grand magasin des plus appétissants fromages de la plus ancienne enseigne de la ville. Nous attendons notre tour car avant nous il y a des clients importants avec lesquels la patronne des fromages se doit de parler longuement, du moins c’est ce que nous comprenons des propos qui s’échangent sur le registre d’une conversation de concierge d’immeuble de luxe, et que nous sommes bien obligés d’écouter parce que nous voulons du bon fromage, maintenant qu’on l’a vu. Il y aura ensuite, pour moi, un petit pull ravissant déniché dans les restes d’une immense boutique de prêt-à-porter dévastée par les soldes, et c’est de tout le magasin le seul vêtement disponible dans ma taille, c’est-à-dire la taille de tout le monde, et c’est pour ça qu’il n’y a plus que celui-là alors je le prends, parce que de toute façon il me plaît et je me dis qu’il m’aurait plu même s’il y en avait eu d’autres.

Nous sommes bien tranquilles, la foire dure jusqu’à minuit. Le marchand de foie gras qui nous garde notre paquet au frais part à vingt heures, tout va bien, non, c’est autre chose, en fait nous sommes nerveux, nous voyons que le temps passe, la queue chez le marchand de fromages, la recherche fastidieuse de n’importe quoi comme vêtement de ma taille, l’heure tourne et nous n’avons encore aucun indice qui nous permette de localiser le plus petit endroit où nous pourrions farfouiner dans les livres. Quand nous l'aurons enfin trouvé, ce sera l'œil rivé sur la montre, dans la terreur d'entendre à chaque instant quelqu'un nous annoncer la fermeture. Ce n'est qu'une mini-catastrophe, nous pourrons revenir demain, après-demain, n'importe quand, ici, dans une autre ville, un autre bourg, une galerie marchande, des livres il y en a partout, des désirs on en aura d'autres, ce soir, on a Courrier international et du foie gras.

Même à la vanille

vendredi 23 novembre 2012, par Bernadette

Mercredi 3 août 2011 (suite)

Ce jour-là et les suivants, le train-train des vacances s'est installé. J'ai trié la documentation touristique laissée à disposition des occupants du gîte, qui trônait sur la table basse de la pièce unique salon-salle à manger-cuisine du rez-de-chaussée. La tâche consiste à feuilleter rapidement les brochures, déployer méthodiquement chaque dépliant sauf ceux pour les enfants que j'écarte directement, des enfants on en voit toute l'année dans notre métier, de toutes les tailles, Jean-Rémy des adolescents, moi des petits, et on veut se changer les idées bien sûr, à quoi ça servirait de partir en vacances, et l'autre pile c'est pour les dates ou les endroits à retenir, classés par ordre, un vrai casse-tête, heureusement je laisse un assortiment de « Post-it index » dans la mallette d'explorateur, à côté du guide des fréquences radio, et à chaque fois que je repère un endroit intéressant ou un événement local, je fais dépasser un collant.

Une fois cette tâche accomplie, nous n'avons plus qu'à nous laisser ballotter au gré de nos envies, le programme est disponible, les petits bonheurs à portée de main, notre liberté peut prendre forme, celle de profiter de la sélection, ou celle de lui échapper — nous n'en savourons alors que plus intensément chaque instant de tranquillité, de paresse, que dis-je, d'inertie —, le pic de satisfaction commune étant obtenu, parfois après de rares négociations, au prix d'un savant dosage entre les deux.

Parmi les petits bonheurs tout de même auxquels on ne peut pas échapper, il y a acheter le pain. Quand nous avons réussi à nous lever suffisamment tôt pour arriver devant la boulangerie avant onze heures, que nous trouvons la place libre pour nous garer juste devant sans avoir à traverser au carrefour dangereux, qu'il reste encore deux pains frais, le client qui nous précède est en train de payer, on sait qu'on est sauvés, on va en avoir un, la boulangère est adorable, elle nous parle, elle est pétillante, on voudrait passer toutes nos prochaines vacances et même à notre retraite acheter une maison dans ce village, à Cerlan, rien que pour venir chercher notre pain ici tous les jours. Elle ressemble à Olivia Ruiz. Les pâtisseries on les trouve bonnes aussi, la première fois, on est revenus le lendemain pour racheter les mêmes, des religieuses énormes, une au café et une au chocolat, il n'y en avait pas, même à la vanille, c'était étonnant, et on a compris au bout d'un moment qu'il y avait un jour différent pour chaque sorte de gâteau, mais le temps qu'on comprenne ce sera trop tard, on sera dans la deuxième semaine et ce sera fini pour avoir pareil. Si on lui avait demandé à la boulangère elle nous l'aurait expliqué mais on ne disait rien qui pouvait avoir l'air négatif même demander, on n'aurait surtout pas voulu lui faire la moindre trace d'ombre sur son beau visage.

Maintenant que le temps a passé, un an presque deux, si je veux me la rappeler je ne sais plus comment elle est, mais comme j'aime bien Olivia Ruiz c'est pas pareil mais ça remplace.

Enfance

jeudi 15 novembre 2012, par Bernadette

Mercredi 3 août 2011

La pluie avait commencé trois quarts d'heure environ après que nous étions revenus à pied sous l'orage. C'était bien qu'il pleuve car ça faisait le test pour la douche. La douche du gîte avait une fuite, nos propriétaires nous l'avaient signalé dès le début, et aussi qu'ils ne pouvaient pas intervenir sans savoir exactement d'où elle provenait, ça pouvait être aussi bien une fuite due à la pluie, leurs locataires précédents n'avaient pas été très clairs sur les circonstances exactes de la présence d'eau par terre et donc ils comptaient sur nous pour leur décrire plus précisément le problème afin d'en déterminer l'origine. Si bien que Jean-Rémy et moi depuis notre arrivée on ne prenait soigneusement pas de douche ni l'un ni l'autre, sans qu'il fût besoin de nous être concertés, ça nous avait coupé l'envie cette histoire, ainsi que la vue humide de la serpillière géante calée autour du coin de la douche, ça ne donnait vraiment pas envie d'y mettre un orteil.

Quelle ne fut pas ma satisfaction le lendemain matin alors qu'il avait plu toute la nuit sans discontinuer de constater qu'il n'y avait pas une seule petite trace d'eau à l'endroit de la vilaine serpillière, qui était pourtant restée mouillée, mais sans plus. Ce n'était donc pas la pluie qui inondait la salle de bains. Par là même, nous avions la confirmation qu'il fallait à tout prix continuer à éviter d'utiliser cette douche. On se débrouillerait très bien avec le lavabo. Il n'y avait qu'à s'imaginer qu'on passait quinze jours de vacances en rando à dormir sous la tente, est-ce qu'on en connaissait beaucoup des randonneurs qui avaient à disposition un lavabo avec l'eau chaude et une salle de bains autour ? On ne peut pas dire que ce n'est pas facile d'être content. Nous l'étions. Et d'ailleurs, comme on s'est dit finalement, chez nos grands-parents, quand on était petits et qu'on allait y passer nos vacances, chez ceux de Jean-Rémy en Alsace et chez les miens en Lorraine, c'est bien comme ça qu'on se lavait, et on était propres, et de douche, il n'y en avait pas.

Voilà à quoi l'orage et sa pluie nous avaient été utiles : des bouffées d'un temps révolu qui nous reliait à notre enfance, et surtout cette affaire de fuite était réglée. Le torchon de plancher on ne le verrait plus. Dès que la pluie a cessé, dans la matinée, je l'ai fait disparaître définitivement de notre champ de vision, d'abord en l'étalant sur le barbelé des moutons, derrière la maison, à l'endroit précis qui n'était, de nulle part depuis le jardin, atteignable par le regard, et une fois qu'il a été bien sec, et inodore je suppose, je ne sais plus ce que j'en ai fait, je sais juste que je n'aurais pas osé le jeter alors j'ai bien dû le mettre quelque part où il ne m'a pas gênée, puisque j'ai oublié l'endroit. Le plus important ensuite était tout de même pour nous de garder le silence complet sur ce chapitre, ne surtout pas réamorcer la suite de l'enquête pour ne pas risquer d'être importunés par des travaux poussifs du propriétaire ou par l'irruption musclée d'un plombier. Si la menace se précisait, nous ne serions pas allés jusqu'à mentir en affirmant que tout se passait bien quand on prenait notre douche, ni à déclarer qu'on ne savait pas parce qu'on n'en prenait pas, mais nous nous tenions prêts l'un comme l'autre à nous soustraire à d'éventuelles questions par des réponses évasives qui noieraient toute velléité de colmatage dans l'approximatif et l'arbitraire.

Le moisi

lundi 5 novembre 2012, par Bernadette

Mardi 2 août 2011

Ouf, on est rentrés de justesse avant l'orage. Sains et saufs. Il est dix heures du soir, la nuit est illuminée d'éclairs, un vent puissant souffle sans discontinuer. Peu avant d'arriver au gîte, sur la grande allée menant à l'entrée du parc, Jean-Rémy sans rien dire se rapproche de moi et me fait passer de l'autre côté de l'allée, sur la droite. Nous sommes presque arrivés. Il vaut mieux se tenir du côté du pré et éviter de marcher sous les arbres, dit-il après un silence. Nous revenons d'une longue marche. C'est pas une rando qu'on va faire, juste une balade, on avait dit.

Au départ, il avait fait un temps superbe, avec une vue bien dégagée sur la chaîne du Sancy, et au premier plan des prés d'un vert dru, intense, à faire mentir le calendrier et son mois d'août. On n'avait pas voulu aller trop loin, seulement marcher un peu. Alors avec une carte on s'était concocté un petit circuit autour des Épaix, durée estimée deux heures, trois grand maximum, en flânant un peu, retour prévu vers vingt heures. Le temps d'attraper deux trois bricoles et de les fourrer dans le sac, lampes de poche, couteaux, carte d'état-major, et on s'était lancés sur les petites routes de la campagne corrézienne.

Quand on a vu le ciel se noircir, moi j'avais mon K-way mais Jean-Rémy il n'avait que la capuche de son sweat-shirt, je lui ai dit c'est mieux que rien mais bon quand même on a préféré marcher très vite pour être rentrés avant. Notre promenade digestive tournait nettement à la marche sportive. Plus encore quand nous nous sommes perdus.

C'était dans la forêt. Une drôle de forêt, qui sentait le moisi. D'abord on devait s'engager sur un chemin, le chemin on l'a bien trouvé, il s'enfonçait au milieu d'une zone boisée, puis il devait bifurquer vers la droite, et rejoindre une route qui nous ramenait vers le gîte. Au bout d'un certain temps, ne voyant aucune bifurcation, nous avons compris que nous étions allés trop loin. Le choix était simple : continuer ou faire demi-tour. Nous avons continué. La route que nous avons fini par rejoindre ne nous permettait de retrouver la bonne direction qu'au prix d'un assez long détour. Comment expliquer qu'on ait raté l'endroit où ce chemin était censé bifurquer ? Nous n'en savions rien. Il faut dire qu'en marchant on était surtout occupés à se boucher le nez, à cause de l'épouvantable odeur de moisi dont cette forêt était imprégnée. Notre esprit tout entier était tendu vers la nécessité de surmonter cet aspect désagréable de l'instant présent, et puisqu'on était deux, on était occupés aussi à s'échanger des commentaires, supputations, hypothèses à propos de cette odeur entêtante, si bien qu'on ne faisait pas du tout attention au reste. Lorsqu'on s'est aperçu de notre erreur, on a bien essayé de se repérer sur la carte, mais elle était fausse, je l'ai dit, j'ai dit elle est fausse, ils ont coupé les arbres, et Jean-Rémy a répondu que c'était typiquement ce que disent toujours ceux qui se trompent en lisant mal les cartes. Il a ajouté dans une rando, quand on commence à dire qu'un champ a disparu, ou inversement, qu'une zone de forêt s'est transformée en champ, c'est mauvais signe. En tout cas, que ce soit la faute de la carte ou la faute du randonneur, on était d'accord tous les deux pour reconnaître que cette carte ne nous servait plus à rien, il fallait cheminer sur les routes et attendre de trouver des indications. C'est ce qu'on a fait, en marchant toujours très vite, sous un ciel nettement noir à présent que le soir arrivait. À un moment donné, on a reconnu un endroit où on était passés en voiture, on a dit tiens, on connaît ici... Puis on est arrivés dans un village, c'était Gyet ! On s'est retournés et on a dit, mais alors, la route d'où on vient, c'est la route où il y avait les gens à qui on a demandé notre chemin la première fois, et la route qu'on a croisée tout à l'heure, qui allait à Nougatines ? On s'est regardés. Oui, je dis, c'était la fourche des sourds-muets ! Jean-Rémy a compris tout de suite car je lui avais fait lire mon journal du gîte, et on a eu envie de rire, mais on avait encore quelques kilomètres à faire avant d'arriver aux Épaix, alors on s'est dépêchés.

Longueur d'onde

jeudi 25 octobre 2012, par Bernadette

Lundi 1er août 2011 (suite)

Chez nous, à la maison c'est malheureux, il y a un poste de radio dans chaque pièce mais on a oublié d'en prendre un. C'est la première fois que ça nous arrive. Et hier soir ça nous a fait tout drôle. D'habitude, dès qu'on s'installe dans un gîte, on trouve une prise, je sors le Guide des longueurs d'onde partout en France de la mallette d'explorateur au fond de laquelle je le laisse en permanence pour être sûre de le retrouver l'année suivante, pendant que Jean-Rémy commence à faire « crailler » la radio, alors vite je cherche la page de la ville la plus proche d'où on est, et le temps que je trouve, il me dit ce n'est pas la peine, de toute façon ton guide il commence à dater, ça va plus vite de chercher directement avec les boutons.

Le problème avec les boutons c'est qu'il faut écouter assez longtemps avant de pouvoir identifier ce qu'il trouve d'audible, et comme il veut être sûr avant de mettre en mémoire, c'est juste un un mal à prendre en patience, alors je fourmille d'hypothèses, à la fois je cherche dans mon guide et je lance des noms de stations, pour que ça se termine le plus vite possible, mais il faut parfois attendre la fin d'une chanson qui ne nous plaît pas, ou de plusieurs, car souvent elles s'enchaînent sans un humain qui parle au milieu, surtout les soirs de week-end où les programmes tournent sur des bandes préenregistrées, et alors il faut espérer un jingle. Sinon, il n'y a plus qu'à supporter la suite, en essayant de déceler dans des pérorages interminables d'inconnus dont on n'aurait pas souhaité qu'ils s'invitent ainsi chez nous un indice en rapport avec le nom de la station.

Mais hier soir, rien du tout. Et en suspension au milieu du silence, un gros point d'interrogation, qui ne pouvait ni s'envoler ni se poser. Pas non plus se dissoudre, pas plus que s'exprimer clairement. Il était dans ma tête, mais aussi dans celle de Jean-Rémy, je le voyais. Qui était le crétin qui avait oublié de mettre le poste dans les affaires ? L'autre, de toute évidence. C'était une question qui ne se disait pas, à cause de la réponse. Au bout d'un moment, cependant, le point d'interrogation est passé de l'état quantique à l'état classique de façon assez naturelle : Jean-Rémy m'a fait son regard sondeur, en écho sans doute à des signes de ma physionomie qui échappaient à ma conscience, si bien qu'à ce moment-là j'ai vu dans ses yeux que je faisais une drôle de tête, et j'ai éclaté de rire, parce qu'il avait une mimique imperceptiblement drôle lui aussi, et on s'est mis d'accord que c'était un peu les deux.

À partir de là tout a été comme sur des roulettes, on pouvait affronter le silence du noir de la nuit qui tombait, et apprivoiser l'idée que le lendemain matin on n'écouterait pas les infos en préparant le café, ni la météo. On serait obligés d'aller regarder dehors le temps qu'il ferait, puis de tirer nous-mêmes des conclusions.

Ce matin le temps était splendide. On a pris notre petit-déjeuner sur la table de jardin devant la maisonnette, avec vue sur les champs et les moutons qui broutaient de l'autre côté de la clôture. On était déjà déshabitués des bruits et on pouvait entendre ceux du silence. On a décidé qu'il faudrait quand même une radio. La bonne idée, ce serait d'acheter une radio CD, parce que dans mon livre de Méditation pour les Nuls que j'ai apporté pour méditer, à la fin, il y a un CD. Et tant qu'à faire, une radio CD MP3. De radio CD MP3, chez nous, on n'en a pas.

Ravitaillement

mardi 16 octobre 2012, par Bernadette

Lundi 1er août 2011

Quand on arrive dans un gîte, le lendemain, il faut faire les courses. Des courses complètes, pour être un peu tranquilles, pouvoir faire autre chose que des courses les jours suivants. Pas trop loin, si possible, car on a assez roulé la veille. À Clermont on serait sûrs de trouver ce qu'on veut mais c'est loin.

Après avoir bien réfléchi, on se décide pour une petite ville qu'on a vue sur la carte. Lunel, ça sonne comme un nom en désuétude mais c'est quand même plus près. Et puis c'est en Corrèze, et c'est là qu'on a prévu de passer nos vacances. Pas dans le Puy-de-Dôme. C'est parti. On arrive devant une fourche avec Lunel des deux côtés. Le GPS dit à droite, mais on voit qu'à gauche c'est par Cerlan, alors nous on y va, c'est là qu'il y a du pain meilleur qu'à Prénentes, on le sait parce qu'on nous l'a dit, on a drôlement bien fait de parler avec la propriétaire. En traversant Cerlan on repère la boulangerie pour pouvoir la retrouver quand on sera pas lundi.

Nous voici maintenant à Lunel. Le GPS nous fait arrêter devant une pancarte « À louer » apposée sur un grand local vitré tout vide, alors qu'on l'a programmé pour qu'il nous mette devant un magasin bio dont j'avais trouvé l'adresse sur Internet quelques jours avant de partir. Nous comprenons très vite que c'est le GPS qui a raison et que nos courses de produits bio sont à ranger dans la catégorie « velléités à oublier d'urgence ».

Heureusement, tout à l'heure, à l'entrée de Lunel, j'avais eu en vision périphérique une autre pancarte indiquant « Leclerc route de Guéret ». Je le dis à Jean-Rémy, et aussi qu'on va mettre Guéret sur le GPS, mais il me dit non, sur la route de Guéret, on y est, on va continuer. On fait ce qu'il dit et heureusement c'est beaucoup mieux indiqué que Les Epaix. À Leclerc on fait tranquillement toutes nos courses, sauf la carte postale du plateau de Millevaches, il n'y en a pas. Ça attendra. De toute façon on ne l'a pas encore visité, et puis c'est pour ma mère, alors on a bien le temps d'en trouver une même si ce n'est pas le plateau de Millevaches. On a notre ravitaillement pour la semaine, les chaussettes les chaussons les aquarelles, des livres, des magazines, et même une belle radio rouge.

Des radiateurs il y en avait deux

jeudi 4 octobre 2012, par Bernadette

Dimanche 31 juillet 2011 (suite)

Ensuite on est passés aux choses sérieuses, moi j'ai rangé toutes les affaires, Jean-Rémy a réparé la prise du radiateur avec son SwissTool parce sinon il fallait toucher le fil de la prise pour que ça fasse un faux contact et que ça se mette en route. En fait le plateau de Millevaches c'est assez froid comme climat. Heureusement que le chauffage était prévu. Des radiateurs il y en avait deux. L'autre on disait rien, mais il faisait un bruit. J'ai préparé le repas de Jeanne Bertot, j'ai juste ajouté du riz, et après manger, Jean-Rémy a dit c'est quand même énervant ce bruit alors il est allé voir, c'était le minuteur du thermostat qui calculait un temps qu'on ne lui demandait pas puisque nous on voulait du direct, alors Jean-Rémy va regarder sur l'autre radiateur, et il voit que le minuteur avait été arraché, alors je dis y'a qu'à l'arracher aussi, il y va, il tape, quand même il ose pas l'arracher, mais bon il le démonte et moi j'avais peur car il avait les mains dans un truc électrique qui était en train de tourner, le voyant était allumé, je lui dis, alors il repose le truc démonté dans son logement et là tout à coup on a entendu un gros bruit de ferraille. À partir de là on a été bien tranquilles, on n'a plus touché à rien et on avait bien chaud. Jean-Rémy a dit que la chose qui faisait du bruit était tombée quelque part derrière à l'intérieur. Sauf aux pieds. Demain, j'achète des charentaises. Jean-Rémy va s'acheter des aquarelles car au gîte on n'avait pas fait attention mais il n'y a pas de télé.

Les petits-beurre

mardi 25 septembre 2012, par Bernadette

Dimanche 31 juillet 2011

Arrivée au gîte Les Epaix à l'heure prévue, sauf qu'à Gyet, aucun panneau n'indique cette direction et qu'au moment de téléphoner au propriétaire comme convenu, il n'y a pas de réseau. Personne non plus dans le patelin que nous sillonnons du milieu vers un bord, puis à nouveau du milieu vers un autre bord et quand on a eu fait tous les bords, on s'est dit qu'on n'était peut-être pas allés assez loin la première fois, car on avait vu la route faire une fourche et on avait dit c'est pas là, c'était peut-être là quand même, alors on y retourne et là on voit un groupe qui se promène et juste, y avait un peu de réseau, on était donc pris entre deux possibilités et il fallait en choisir une, alors Jean-Rémy est descendu de la voiture et il a demandé aux gens. Moi je suis restée à l'intérieur, et je croyais que c'était des sourds-muets les gens car ils faisaient des gestes et je n'entendais aucun son, d'ailleurs Jean-Rémy semblait parler leur langage car il n'émettait aucun son non plus, je me suis dit tiens il s'adapte drôlement bien à ses interlocuteurs, instantanément il communique à leur portée je dis bon j'espère qu'il va savoir la route, par gestes c'est pas évident quand même, et quand il revient il a l'air à moitié de savoir mais je vois bien aussi que quelque chose d'autre est dans l'air, j'ai hâte d'apprendre ce qui se passe mais je ne veux pas le presser de questions, alors j'attends ce qu'il va me dire et il me dit : t'as rien entendu ? Et il regarde vers les vitres... et moi aussi... tout à coup je comprends... alors je réponds, non, on entend rien quand elles sont fermées ! Ouf, donc c'était pas des sourds-muets et il savait la route. Quand on est arrivés, la copine du propriétaire chargée de recevoir les nouveaux arrivants a dit : vous avez bien trouvé ? et nous on n'était pourtant pas trop contents mais on a fait semblant que c'était pas grave. Après on a eu du jus d'orange avec des vrais petits-beurre. Jean-Rémy a dit c'est des Lu, mais non, c'était vraiment écrit petit-beurre dessus.